La Dyscalculie, c'est quoi ?

Définition : Mieux comprendre les bases de ce trouble : origine, nature et critères de diagnostic.

La Dyscalculie se manifeste par des difficultés persistantes à comprendre et appliquer les concepts mathématiques ainsi qu’à manipuler les nombres et volumes. Ce trouble à des répercussions dans la vie personnelle, scolaire et professionnelle.

La Dyscalculie est un trouble du neurodéveloppement qui apparaît dès la petite enfance et perdure toute la vie. Cependant, les premières manifestations de ce trouble apparaissent généralement lors de l’apprentissage des mathématiques.

Avec le temps, les personnes concernées peuvent apprendre “par cœur” à calculer, au prix d'importants efforts, d’un temps d'exécution plus long et d’erreurs plus fréquentes. Ainsi, ces personnes pourront compter, calculer, mesurer, comparer, estimer… mais sans toujours en comprendre le sens ou sans que cela ne soit spontané.

La Dyscalculie proviendrait d’une altération du sens du nombre et du traitement numérique.

Le Sens du nombre :

Le sens du nombre est une capacité innée qui permet d’estimer et de comparer une grandeur. Cette compétence nous permet donc de comprendre la valeur d’un chiffre, d’un volume ou encore de situer des chiffres sur une échelle réelle ou imaginaire.

Il se décline en trois composantes (le subitizing, l’estimation et la ligne mentale) qui peuvent chacune être altérées dans la dyscalculie.

Le subitizing est l’identification précise et instantané d’une petite quantité sans avoir à la dénombrer. A l’école, on pousse cette perception plus loin en apprenant à organiser ses représentations pour des quantités plus importantes.

L’estimation est le prolongement du subitizing pour les grandes quantités et les volumes. L’estimation est donc la compétence qui nous permet de déduire approximativement et de manière spontanée de grandes quantités sans les dénombrer, ou, par exemple, de cuisiner “à l'œil”.

La ligne numérique mentale est une organisation inconsciente des quantités. Elle s’installe progressivement lorsque l’on développe les compétences de sens du nombre. Cette ligne mentale est particulièrement utilisée lorsque l’on résout des problèmes arithmétiques.

Voici trois exemples pour mieux comprendre le sens du nombre :
Le subitizing nous permet de déduire de manière instantanée la valeur 7 sur ces dés sans avoir à dénombrer les points. L’estimation nous permet de déduire qu’il y a plus de billes jaunes que de billes bleues sans avoir à les dénombrer. La ligne numérique mentale nous permet d’estimer la place d’un chiffre manquant tel que le “4” dans cet exemple.

Le Traitement Numérique :

Le traitement numérique correspond à la capacité à reconnaître, produire et manipuler adéquatement les chiffres et les nombres sous différentes représentations.

Le traitement numérique, qui se décline en trois formes, peut être altéré chez les personnes présentant une dyscalculie. Ce traitement numérique peut être fait sous :

  • le langage oral (ex. entendre ou dire un chiffre)
  • l’écriture en lettres (ex. dix, quatorze, cinq…)
  • l'écriture en chiffres (ex. 10, 14, 5…)
Voici trois exemples pour mieux comprendre le traitement numérique :
Lorsque l’on entend “quatre-vingts”, il faut déduire le nombre “80” et non “420” La lecture de du nombre “cinq-cent-soixante” doit être comprise comme “560” et non “5 100 60” Dans le nombre "861", le "8" doit être prononcé "huit cents"

De la même manière, la reconnaissance et l’utilisation des mécanismes de calcul peuvent être déficitaires chez les personnes présentant une Dyscalculie.

Ces mécanismes permettent de sélectionner adéquatement et de comprendre les liens entre :

  • les symboles des opérations (ex. + , - , x, ÷)
  • les symboles lexicaux (ex. plus, moins, multiplier, diviser)
  • les algorithmes des opérations (ex. somme, différence, produit, quotient)

On estime qu’environ 3% de la population présenterait une Dyscalculie, bien que certaines études décrivent jusqu’à 8% de la population présente ce trouble.

Origines du trouble : Comprendre les facteurs impliqués : génétiques, neurologiques et environnementaux.

La Dyscalculie est un trouble neurodéveloppemental. De ce fait, elle est induite par un développement atypique du cerveau avant même la naissance et dans les premiers moments de la vie.

Pendant la grossesse, des facteurs génétiques et environnementaux vont influencer le développement du cerveau et induire des anomalies. Ces facteurs sont multiples et peuvent tous contribuer à augmenter la probabilité de développer un trouble ; ainsi, il n’existe pas 1 facteur ou 1 gène qui provoquerait à tous les coups une dyscalculie.

Des études récentes ont démontré que les personnes Dyscalculiques présentent de légères altérations dans le cortex pariétal, bien que d’autres zones puissent être touchées. Ces altérations empêcheraient le développement du sens du nombres et induirait des difficultés spécifiques dans le traitements numériques.

Reconnaître les symptômes : Identifier les signes les plus courants à travers les différents profils.

Au quotidien, les personnes présentant une dyscalculie peuvent avoir des difficultés à :

  • suivre une recette en respectant les quantités,
  • calculer à quelle heure partir pour ne pas être en retard à un rendez-vous,
  • estimer le temps dont elles auront besoin pour se préparer,
  • découper la bonne grandeur d’une part de gâteau,
  • calculer la monnaie qui devra être rendue.

Lors de l’apprentissage des mathématiques, une personne dyscalculique pourra présenter des difficultés à :

  • apprendre les suites de nombres,
  • dénombrer (ex. compter des objets un par un en les pointant du doigt),
  • compter sur ses doigts,
  • mémoriser des faits arithmétiques (ex. apprendre les tables d’addition, de multiplication),
  • classer des chiffres dans l’ordre croissant et/ou décroissant,
  • estimer spontanément la réponse d’un calcul,
  • comparer des nombres (< , >).

Lors de l’apprentissage ou de l’application de la géométrie, une personne dyscalculique pourra présenter des difficultés à :

  • se représenter spatialement les figures géométrique,
  • mettre en ordre différents éléments selon un ordre croissant ou décroissant,
  • se représenter les quantités, les aires et les volumes.

La lecture et l’écriture des nombres peuvent également être impactées par la Dyscalculie. Ainsi, une personne dyscalculique pourra présenter des difficultés ou des erreurs :

  • lors de la lecture de nombres (ex. “60 500” peut être lu “soixante cinq-cent”),
  • lors de l’écriture de nombres (ex. “six cent quatre-vingt” peut être écrit “600 420”),
  • lors du passage d’un système numérique à un autre (ex. passer de l’écriture “trois” à “3”).

Lors de la résolution d’un problème arithmétique, la personne dyscalculique présentera des difficultés à :

  • manipuler et/ou comprendre les symboles numériques (ex. le signe “+” est utilisé lors d’une addition)
  • réaliser les différentes étapes d’une procédure de calcul,
  • sélectionner quelle opération employer après la lecture d’un problème,
  • calculer mentalement.
Comorbidités : Découvrir les troubles fréquemment associés et leurs interactions possibles.

Il semblerait que ⅔ des personnes présentant une dyscalculie présenterait un trouble associé tels que le TDAH, la Dyslexie, la Dyspraxie… Cela signifie que sur 3 personnes Dyscalculiques, 2 d'entre elles ont une comorbidité.

Attention aux signes trompeurs : Distinguer les idées reçues, les confusions possibles et les manifestations moins visibles.

Certaines personnes Dyslexiques peuvent présenter des difficultés à distinguer les chiffres entre eux, provoquant des erreurs de calcul. Ici, le sens du nombre est préservé car c’est la reconnaissance graphique du chiffre qui est confondu (ex. la personne dyslexie peut confondre de 6 et le 8 car leur forme est proche, pour autant elle pourra les placer adéquatement sur une droite numérique).

Une personne peut vivre, tout au long de sa vie, des difficultés ou des retards d’apprentissage sans que cela ne soit lié à un Trouble Neurodéveloppemental.

Ces périodes transitoires peuvent être causées par une période de stress, des conflits avec les pairs, des problèmes familiaux… et s’estompent avec le temps. Cette situation se distingue de la Dyscalculie car celle-ci est permanente car les difficultés ne disparaîtront pas, même si la sévérité de ceux-ci peut s'amenuiser avec le temps et avec une prise en charge adaptée.

Malgré tout, une personne présentant des difficultés ou des retards d’apprentissages peut avoir besoin de plus de temps, d’étude ou un soutien particulier (aide aux devoirs, aménagements…) pour surmonter ces difficultés.

La dyscalculie n'est pas à confondre avec l’acalculie ou de l'innumérisme :

L’acalculie qui est un trouble acquis et provoqué par une lésion cérébrale (ex. traumatisme crânien, accident vasculaire cérébral…). Lorsqu’une personne présente une acalculie, celle-ci “perds” ces compétences de sens du nombre et de traitement numérique qui était autrefois maîtrisées.

L’innumérisme est quant à lui l'équivalent de l'illettrisme pour les chiffres, il correspond à une absence d'apprentissage du calcul élémentaire.

Aide à la gestion du trouble : Trouver des pistes concrètes pour mieux s’organiser et vivre au quotidien.

Une posture bienveillante et un environnement calme

Quel que soit l’âge, la dyscalculie peut impacter l’ensemble des sphères de la vie. Les symptômes se manifestent dans la sphère scolaire dans diverses matières (ex. lire l’heure, effectuer des calculs, comprendre des dates, etc.), dans la sphère professionnelle (ex. comprendre une fiche de paie, comprendre un tableur, etc.) et dans la sphère personnelle (ex. se rendre à un rendez-vous à l’heure, conduire, etc.).

En étant confronté de manière répétées à ces difficultés (voir à des discours péjoratifs), la personne peut douter d’elle-même, être réticente à réaliser certaines tâches et les éviter.
Reconnaître la dyscalculie comme un trouble (et non comme un manque de motivation ou de compétences) permet de placer la personne dans une dynamique de progression dans laquelle elle peut être accompagnée sans être culpabilisée.
Ainsi, être bienveillant, en valorisant les efforts de la personne et en acceptant ses limites est primordial.
De la même manière, un environnement calme et sans distractions (sans bruit de fond, mouvement, etc.) est essentiel à la bonne mise en place de stratégies de compensation.

Enfin, il est important de rappeler que la personne dyscalculique compense d’elle-même ses difficultés par de multiples stratégies sans que l’environnement ne s’en aperçoive, parfois même sans qu’elle n’ait reçu un diagnostic. Cependant, au fil de la journée, ces stratégies peuvent induire une importante fatigue.

De fait, permettre à la personne dyscalculique de planifier ses activités de manière optimale et autoriser des pauses, favorise l’application de ces stratégies.

Afin de réduire les difficultés liées au sens du nombre, vous pouvez représenter les quantités de manière concrète :

  • Autoriser le comptage, comme compter sur ses doigts.
  • Pour faciliter la représentations des calculs arithmétiques, mettez à disposition des dés, des dominos, des billes, des cubes, des boîtes de dix (tableau composé de deux lignes de 5 cases permettant de mieux se représenter des quantités)...
  • Pour faciliter la représentation des figures géométriques, proposer des schémas 3D, des vidéos illustrant le raisonnement derrière les règles arithmétiques.

Utilisez diverses représentations du temps et des durées au travers l’utilisation d’un minuteur visuel, d’une horloge numérologique, d’un chronomètre…

Certains outils permettent également aux personnes Dyscalculique de mieux compenser leurs troubles tels que :

  • Des logiciels illustrant les formules arithmétiques (ex. Desmo.com…).
  • Des logiciels illustrant les figures géométriques (ex. geogebra…).
  • La calculatrice permet à la personne dyscalculique de concentrer toute son attention sur les étapes du raisonnement (quelle formule mathématique appliquer et comment) sans être surchargée par le coût attentionnel lié au calcul.
  • Des règles numériques permettent de catégoriser les nombres et facilitent la compréhension des ordres de grandeur.
  • Des flashcards peuvent être créés afin de résumer rapidement les notions les plus importantes (une flashcard est une petite carte avec une question d’un côté et la réponse de l’autre, utilisée pour mémoriser rapidement).

Dans la sphère scolaire et académique :

Les personnes présentant une Dyscalculie développent parfois une image faible d'eux-mêmes et de l’anxiété face aux mathématiques. Par de petites actions, vous pouvez favoriser la disponibilité aux apprentissages de ces apprenants :

  • Evitez les tests-surprises,
  • N’affichez pas les notes des élèves,
  • Faites une place à l’erreur en utilisant des formulations valorisantes, même en cas d’échec (ex. “on avance une étape à la fois”),
  • Faites plusieurs feedbacks que la personne soit en difficultés ou non.

Afin de rendre la résolution de problème et l'arithmétique plus clairs pour les élèves présentant une Dyscalculie, vous pouvez :

  • Proposer de reformuler les énoncer avec vos propres mots,
  • Illustrer l'énoncé avec un dessin, des diagrammes ou un support physique,
  • Proposer un plan qui sera ensuite utilisé par l’élève comme modèle pour résoudre les prochains exercices,
  • proposer une estimation du résultat final.