Définition : Mieux comprendre les bases de ce trouble : origine, nature et critères de diagnostic.
La dysphasie est un trouble provoquant un déficit dans l’acquisition, la manipulation et la compréhension du langage oral. Ces difficultés langagières persistent à l’âge adulte.
Le langage étant essentiel dans le développement de l’enfant et dans de multiples sphères de la vie quotidienne, ce déficit impacte significativement les relations sociales, les apprentissages, la réussite scolaire et professionnelle ; il peut aussi complexifier la régulation émotionnelle et le développement de relations.
Des difficultés à l’écrit et en langue des signes peuvent par ailleurs se manifester chez les personnes dysphasiques. En effet, les langages oraux, écrits et signés étant liés, des fragilités à l’écrit ou en langue des signes peuvent être imputables aux déficits initiaux à l’oral.
Nous distinguons aujourd’hui deux grandes catégories de Dysphasies :
- La Dysphasie linguistique, parfois appelée “Trouble du langage”, réside dans des difficultés de maîtrise du code linguistique. Ici, une ou plusieurs composantes du langage peuvent être touchées tels que la phonologie, le lexique, la syntaxe ou la compréhension. Ainsi, les personnes concernées peuvent avoir du mal à produire certains mots, à construire des phrases et/ou à comprendre le langage.
On constate que même chez l’adulte les différentes composantes du langage sont plus ou moins touchées.
- La Dyspraxie verbale, parfois appelée “Trouble de la Phonation”, engendre des difficultés dans la programmation motrice de la parole. La personne dyspraxique verbale a donc des difficultés à articuler les différents sons de la langue parlée.
Les personnes concernées peuvent avoir du mal à produire certains mots et à articuler, mais leur capacité à utiliser la syntaxe et à comprendre le langage sont intactes.
La définition et la classification de la dysphasie ayant évolué au cours des dernières décennies, il est difficile de trouver une estimation précise du nombre de personnes dysphasiques dans la population.
Cependant, on remarque généralement une prévalence plus importante chez les garçons que chez les filles.
Origines du trouble : Comprendre les facteurs impliqués : génétiques, neurologiques et environnementaux.
La Dysphasie est un trouble neurodéveloppemental. De ce fait, elle est induite par un développement atypique du cerveau ayant lieu avant même la naissance et dans les premiers moments de la vie.
Pendant la grossesse, des facteurs génétiques et environnementaux vont influencer le développement du cerveau et induire des anomalies. Ces facteurs sont multiples et contribuent tous à augmenter la probabilité de développer un trouble.
Ainsi, il n’existe pas 1 facteur ou 1 gène qui provoquerait à tous les coups une Dysphasie.
Reconnaître les symptômes : Identifier les signes les plus courants à travers les différents profils.
Le diagnostic de Dysphasie est rarement posé avant 6 ans, car il est difficile de distinguer un retard de langage des difficultés durables dans le temps provoquées par un trouble neurodéveloppemental.
Dysphasie linguistique
Dans la Dysphasie Linguistique, la personne rencontre des difficultés à organiser, à coordonner et à comprendre correctement les différentes composantes du langage. Cela peut impacter la manière dont la personne s’exprime et/ou la manière dont elle comprend le langage.
Toutes les formes de langage peuvent être concernées : le langage oral, le langage écrit et parfois même le langage signé, comme la Langue des Signes Française (LSF).
Les difficultés varient beaucoup d’une personne à une autre : certaines personnes ayant une Dysphasie Linguistique rencontrent surtout des difficultés pour comprendre le langage, d’autres pour le produire et d’autres encore présentent des difficultés dans les deux domaines.
Lorsque la personne concernée utilise le langage (parlé, écrit, signé), elle peut :
- utiliser très souvent les mêmes mots ou mêmes tournures de phrases,
- mélanger des mots proches en sens, comme dire “je vais sortir le chat” au lieu de “je vais sortir le chien”,
- remplacer un mot par une description, par exemple “je vais là où on achète des choses” au lieu de “je vais au magasin”
- inventer des mots lorsqu’elle ne retrouve pas le terme approprié,
- faire des erreurs de genre, comme “le fleur” au lieu de “la fleur”,
- faire des erreurs de nombre, comme “les cheval” au lieu de “les chevaux”,
- éviter ou mal utiliser les temps complexes, comme le passé composé ou le futur antérieur,
- utiliser des formulations de phrases simples pour contourner certaines difficultés,
- inverser l’ordre des mots dans une phrase, par exemple “je bonjour dis” au lieu de “je dis bonjour”,
- avoir du mal à organiser un discours clair et cohérent,
- utiliser peu, voir pas, de pronoms, par exemple, “je regarde” au lieu de “je la regarde”,
- chercher ses mots, faire des pauses ou recommencer sa phrase.
En raison de ces difficultés, la personne concernée peut produire des phrases plus courtes, parfois incomplètes, et donner moins de détails lorsqu’elle parle. D’un point de vue extérieur, elle peut sembler timide ou réticente à l’idée de discuter. Elle peut également chercher ses mots plus longtemps ou prendre des pauses pour articuler adéquatement les différents mots de sa phrase et son discours.
Parallèlement, la Dysphasie linguistique peut causer des difficultés à comprendre le langage (écrit, parlé ou signé).
Dans ce cas, une personne concernée peut :
- avoir du mal à comprendre des mots nouveaux ou abstraits,
- s’appuyer fortement sur le contexte pour saisir le sens d’un message,
- rencontrer des difficultés pour comprendre l’implicite, l’humour ou certains jeux de mots,
- avoir du mal à repérer les synonymes ou à comprendre qu’un même mot peut avoir plusieurs sens,
- avoir du mal à retenir plusieurs informations à la fois, comme un numéro de téléphone ou une liste des courses,
- ne pas réussir à suivre une consigne trop longue ou qui contient plusieurs étapes.
Dyspraxie Verbale
Dans la Dyspraxie Verbale, la personne rencontre des difficultés à organiser et à coordonner correctement les mouvements des différents muscles nécessaires à la parole. Cette difficulté de planification peut se manifester de plusieurs façons lorsque la personne s’exprime.
Ainsi, la personne concernée par la Dyspraxie verbale peut :
- avoir du mal à articuler certains sons ou, au contraire, trop articuler pour essayer de compenser ses difficultés,
- confondre la prononciation de certains sons proches, par exemple faire le son /p/ au lieu de /b/,
- commencer un mot plusieurs fois, faire des « essais » avant de réussir à le produire,
- éviter de prononcer certains mots parce que leur prononciation est trop complexe,
- oublier ou omettre des mots dans une phrase,
- avoir du mal à répéter une phrase qu’elle vient pourtant de prononcer,
- présenter des difficultés pour réaliser des mouvements bucco-faciaux comme siffler ou claquer la langue,
- utiliser des formulations simples pour contourner certaines difficultés, par exemple dire “la femme, porte, chapeau rouge” au lieu de “la femme qui porte un chapeau rouge”,
- utiliser peu, voire pas, de pronoms (ex. “je regarde” au lieu de “je la regarde”),
- donner une impression de langage peu spontané, car celui-ci demande un effort important.
En raison de ces difficultés, la personne peut produire des phrases plus courtes, parfois incomplètes, et donner moins de détails lorsqu’elle parle. D’un point de vu extérieur, elle peut sembler timide ou réticente à parler. Elle peut également chercher ses mots plus longtemps ou prendre des pauses pour préparer le mouvement de parole.
La Dyspraxie Verbale peut aussi toucher d’autres aspects de la parole, comme :
- le volume de la voix, qui peut être trop faible ou trop fort,
- le timbre de la voix, qui peut paraître monotone, avec peu de variations,
- la vitesse d’élocution, souvent plus lente pour laisser le temps d’organiser les mouvements de parole,
- les transitions entre les sons qui deviennent saccadées et rendent la parole moins fluide...
Enfin, les troubles de la coordination musculaire peuvent également impacter la respiration, ce qui peut entraîner :
- des difficultés à se moucher correctement,
- des difficultés à souffler, par exemple pour éteindre des bougies,
- manquer d’air au milieu d’une phrase, ou respirer de manière irrégulière en parlant.
Signes prédicteurs précoces
Avant l’âge de 6 ans, il est difficile d’établir avec certitude la présence d’une Dysphasie. Les difficultés observées à cet âge sont donc des signes à surveiller, mais elles peuvent aussi s’atténuer spontanément avec le temps, car le développement du langage est encore en pleine évolution.
Les comportements à surveiller sont les suivants :
- les premiers mots et les premières phrases peuvent apparaître plus tard que prévu,
- le vocabulaire peut être moins varié ou moins riche que ce qui est attendu pour l’âge de l’enfant,
- les phrases peuvent être plus courtes, moins structurées et comporter des erreurs grammaticales,
- l’enfant peut avoir du mal à associer des mots entre eux pour former des phrases,
- il peut chercher ses mots, utiliser des mots “passe-partout” (comme “ça”, “truc”, “là”), ou remplacer un mot par un autre de sens proche.
Ces signes ne suffisent pas à eux seuls à poser un diagnostic, mais ils peuvent encourager à consulter un professionnel du langage pour un premier bilan ou un suivi précoce.
Comorbidités : Découvrir les troubles fréquemment associés et leurs interactions possibles.
Les études mettent en évidence une fréquence importante de comorbidités chez les personnes dysphasiques.
Dans 50% des cas, une personne atteinte de Dysphasie présente également une Dyslexie. Plus largement, les personnes dysphasiques sont plus susceptibles de développer un autre trouble de l’apprentissage (Dysorthographie ou Dyscalculie) et des troubles praxiques.
De plus, les personnes Dysphasiques ont une probabilité plus importante que la population neurotypique de développer des angoisses, des difficultés de séparations, des troubles dépressifs.
Attention aux signes trompeurs : Distinguer les idées reçues, les confusions possibles et les manifestations moins visibles.
Des difficultés de langage peuvent apparaître pour de multiples raisons. Par exemple, il faut s’assurer que la personne n’ait pas de problème auditif, ou que les difficultés rencontrées ne puissent pas mieux être expliquées par une autre problématique. De plus, ces difficultés doivent être présentes depuis le début de l’apprentissage du langage et persister dans le temps.
Le TSA peut également entraîner des troubles du langage, mais ceux-ci sont souvent associés à des particularités sociales, comme des difficultés à comprendre les codes de conversation, l’implicite, le contexte ou les intentions des interlocuteurs.
Dans la dysphasie, les difficultés concernent principalement des difficultés de compréhension de la structure et de l’organisation du langage lui-même, sans nécessairement altérer la compréhension des normes sociales et communicationnelles.
Enfin, les symptômes de la dysphasie peuvent également être acquis suite à une lésion issue d'un traumatisme crânien, une tumeur ou un accident vasculaire cérébral. Ces manifestations étant acquises et apparaissant subitement au cours de la vie, il ne s'agit pas d’un trouble neurodéveloppemental. Dans ce cas, nous parlons de Dysphasie lésionnelle, ou encore d’Aphasie, et non de Dysphasie développementale.
Aide à la gestion du trouble : Trouver des pistes concrètes pour mieux s’organiser et vivre au quotidien.
Une posture bienveillante et un environnement calme
Quel que soit l’âge, la dysphasie peut impacter l’ensemble des sphères de la vie. Les symptômes se manifestent dans la sphère scolaire dans diverses matières (ex. présenter un exposé à l’oral, participer en classe, etc.), dans la sphère professionnelle (ex. prendre la parole en réunion, comprendre ses collègues dans un environnement bruyant, etc.) et dans la sphère personnelle (ex. répondre au téléphone, demander un renseignement à un vendeur etc.).
En étant confronté de manière répétées à ses difficultés (voir à des discours péjoratifs), la personne peut douter d’elle-même, être réticente à réaliser certaines tâches et les éviter.
Reconnaître la dysphasie comme un trouble (et non un manque de motivation ou de compétences) permet de placer la personne dans une dynamique de progression dans laquelle elle peut être accompagnée sans être culpabilisée.
Ainsi, être bienveillant, en valorisant les efforts de la personne et en acceptant ses limites est primordial.
De la même manière, un environnement calme et sans distractions (sans bruit de fond, mouvement, etc.) est essentiel à la bonne mise en place de stratégies de compensation.
Enfin, il est important de rappeler que la personne dysphasique compense d’elle-même ses difficultés par de multiples stratégies sans que cela soit toujours visible d’un point de vue extérieur, parfois même sans qu’elle n’ait reçu un diagnostic. Cependant, ces stratégies induisent au fil de la journée une importante fatigue.
De fait, permettre à la personne dysphasique de planifier ses activités de manière optimale et autoriser des pauses favorise l’application des différentes stratégies.
Faciliter la compréhension du langage
- Reconnaître les comportements suggérant que la personne n’a pas compris, par exemple, s'il ne répond pas à une question ou s’il ne répond pas de manière adéquate.
- Ne pas hésiter à demander à la personne si elle a compris. Si ce n’est pas le cas, lui proposer de répéter, le faire choisir entre plusieurs réponses, utiliser des images, etc.
- Réaliser des gestes ou utiliser des images pour accompagner ce que l’on dit à l’oral.
- Lui parler normalement et prendre le temps de l’écouter.
Pour aider l’enfant à communiquer
- Profiter des situations de la vie quotidienne (ce que l’on fait, les émotions ressenties, etc.) pour laisser l’enfant initier les interactions.
- Favoriser les intéractions avec des personnes n’appartenant pas à son entourage habituel.
- Mettre des mots sur ce qui attire l’attention de l’enfant, afin d'enrichir son vocabulaire.
- Compléter les énoncés produits par l’enfant (ex : l’enfant dit “le chat dort”, le parent dit “Oui, le chat dort sur le lit”).
- Reformuler si l’enfant fait une erreur en appuyant sur les éléments corrigés. Il est inutile d’obliger un enfant à répéter ce que l’on lui dit.
Les méthodes de langage alternatives
Pour compenser les difficultés du langage verbal, la personne dysphasique et ses proches peuvent utiliser des méthodes de langage alternatif. L'utilisation de la méthode de langage alternatif peut également aider à renforcer la confiance et l'estime de soi de la personne dysphasique, en lui offrant des moyens de communiquer et de participer à la vie quotidienne, sociale et professionnelle.
Une connaissance, même partielle, de la Langue des Signes Française (LSF) peut s’avérer efficace afin d’accompagner la production verbale. Ainsi, les mots importants d’une phrase (ou la phrase entière selon vos connaissances en LSF) peuvent être ainsi signés en même temps durant la discussion, permettant à la personne dysphasique de mieux la comprendre. De même, la LSF peut permettre à la personne dysphasique, lorsqu'elle rencontre des difficultés pour s'exprimer verbalement, de réduire le stress et la frustration en lien avec la communication, tout en lui permettant de communiquer de manière plus autonome et plus efficace.
Cependant, certaines formes de Dysphasie impactent également la capacité à utiliser la Langue des Signes Française. Cette méthode est donc à utiliser en fonction des préférences et des difficultés de la personne concernée.
Les images, photographies, dessins, graphiques, diagrammes ou tout autre type de supports visuels peuvent aider à renforcer les messages et les informations communiquées. Ils sont particulièrement efficaces chez les personnes dysphasiques qui peuvent présenter des difficultés à comprendre les instructions verbales ou les consignes complexes ; les supports visuels peuvent leur fournir des informations plus claires et concrètes.
Ces supports peuvent également aider les personnes dysphasiques à communiquer plus efficacement avec les autres. Par exemple, si une personne dysphasique a des difficultés à s'exprimer verbalement, elle peut utiliser des images ou des symboles pour communiquer ses besoins ou ses désirs. Ces supports visuels peuvent également aider à renforcer le vocabulaire, ce qui peut aider les personnes dysphasiques à mieux comprendre et à mieux utiliser les mots.
Sources scientifique : Consulter les études, publications et références qui appuient les informations présentées.
Allo Ortho • Vous vous interrogez : Allo Ortho répond. (s. d.). Consulté 23 décembre 2022, à l’adresse https://www.allo-ortho.com/
Bettelheim, B. (1969). La forteresse vide (Gallimard). https://www.babelio.com/livres/Bettelheim-La-forteresse-vide/4537
Comment repérer une dyslexie, dysorthographie et dysgraphie ? (s. d.). Consulté 23 décembre 2022, à l’adresse https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/troubles-langage-ecrit/symptomes-detection-diagnostic
Les différentes classifications des troubles d’apprentissage. (s. d.). Consulté 23 décembre 2022, à l’adresse https://www.chusj.org/fr/soins-services/T/Troubles-de-l-apprentissage/Definition/Classifications
Ressources pédagogiques en maths (jeux de cartes, cartes mentales, exercices corrigés) à télécharger gratuitement pour les Dys. (s. d.). Numéro 1 Scolarité. Consulté 23 décembre 2022, à l’adresse https://www.numero1-scolarite.com/mathematiques/
Troubles dys : Comment mieux organiser le parcours de santé ? (2018). Haute Autorité de Santé. https://www.has-sante.fr/jcms/c_2824177/fr/troubles-dys-comment-mieux-organiser-le-parcours-de-sante
Troubles DYS. (2008, octobre 13). Fédération Française des DYS. https://www.ffdys.com/troubles-dys
Troubles spécifiques des apprentissages ⋅ Inserm, La science pour la santé. (s. d.). Inserm. Consulté 24 décembre 2022, à l’adresse https://www.inserm.fr/dossier/troubles-specifiques-apprentissages/
Comment améliorer le parcours de santé d’un enfant avec des troubles dys ? (2018, janvier). [Interview]. https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2018-01/dossier_de_presse_-_comment_ameliorer_le_parcours_de_sante_d_un_enfant_avec_des_troubles_dys.pdf
Gourbail, L. (2018). Haute Autorité de santé. Haute Autorité de Santé—Comment améliorer le parcours de santé d’un enfant avec troubles spécifiques du langage et des apprentissages. (s. d.). Consulté 24 décembre 2022, à l’adresse https://www.has-sante.fr/jcms/c_2822893/fr/comment-ameliorer-le-parcours-de-sante-d-un-enfant-avec-troubles-specifiques-du-langage-et-des-apprentissages