La Dysorthographie, c'est quoi ?

Définition : Mieux comprendre les bases de ce trouble : origine, nature et critères de diagnostic.

La dysorthographie se traduit par des anomalies spécifiques dans l’écriture de textes spontanés, en dictée ou lors de copies. L’écriture se fait avec beaucoup d’hésitations et un “doute permanent.

Les anomalies spécifiques dans l’écriture sont communément des omissions type (liberté/librt), des oublis de syllabes, des découpages arbitraires (l’égume ; il sé lance ; limage).

La dysorthographie peut touchées séparément trois composantes de l’écritures :

  • L'exactitude en orthographe (souvent considérée comme le critère principal de la dysorthographie),
  • L’exactitude en ponctuation et en grammaire,
  • la clarté et/ou l’organisation de l’expression écrite.

Aussi, il est important de rappeler que la lisibilité et la clarté de l’écriture ne font pas partie des symptômes de la dysorthographie.


La Dysorthographie se retrouve à travers le monde et les cultures, et ce, quel que soit le système d’écriture (alphabet ou 1 signe = 1 mot).

Cependant la sévérité du trouble dépend notamment :

  • de la “transparence de la langue”, qui est la correspondance entre l’oral et l’écrit (est-ce que les mots s’écrivent de la manière dont ils se prononcent). Le français est considéré comme une langue particulièrement opaque car une lettre peut produire plusieurs sons (ou être muette), la combinaison de plusieurs lettres induisent des sons spécifiques, etc.
  • de la reconnaissance de la Dysorthographie comme un trouble neurodéveloppemental (et non comme un manque de motivation ou d’instruction). Reconnaître ces manifestations comme les symptômes d’un trouble permet d’accompagner les personnes concernées de manière adaptée (ce qui réduit la sévérité des symptômes).

Dysorthographie phonologique

Les personnes présentant une dysorthographie phonologique ont des difficultés à distinguer les lettres et les sons proches et à segmenter les mots d’une phrase.

Par conséquent, la personne dysorthographique phonologique aura tendance à inverser les lettres visuellement proches à l’écrit ; ses textes peuvent ne pas être phonologiquement corrects.

Dysorthographie lexicale

Aussi appelé "Dysorthographie de surface" la personne dysorthographique de surface présente d’importantes difficultés à écrire les mots dont la prononciation s’éloigne de leur écriture, mots irréguliers (ex. “femme” est écrit “feume”) et les syllabes complexes (“euil”, “oin”, etc.).

Cependant, les mots écrits sont phonologiquement corrects.

Dysorthographie mixte

La Dysorthographie mixte qui induit les difficultés de la dysorthographie phonologique et de la dysorthographie lexicale.

Ces différentes formes de dysorthographie sont dues à des dysfonctionnement de certaines étapes de l’écriture. Le tableau ci-dessous vous permettra de mieux les comprendre.

Lorsque l’on doit écrire un mot, plusieurs stratégies peuvent être utilisées spontanément.

Les caractéristiques du mot à écrire et la présence ou non d’un Trouble vont influencer la sélection de l'une des stratégies parmi les autres.

Voici une explication simplifiée des processus impliqués dans l’écriture (appelé “modèle à double voie”) :

  • La voie d'assemblage est principalement utilisée pour les mots inconnus, les pseudomots (mots inventés) et les mots peu fréquents.
  • La personne décode le mot convertissant les lettres (ou les groupes de lettres) en sons (exemple : “F + L + EU + R” → “fleur”)
  • Un dysfonctionnement à cette étape de la lecture pourra induire une Dysorthographie Phonologique.

La voie d’adressage repose sur l’écriture des mots familiers, qu’ils soient ou non irréguliers.

La personne retranscrit l’orthographe du mot en fonction de leurs “stock de mots déjà connus”. Chaque mot est ensuite associé à son sens sans avoir besoin d’être déchiffré lettre par lettre. Un dysfonctionnement à cette étape de la lecture pourra induire une Dysorthographie de Surface.

Les scripteurs “experts” utilisent généralement les deux voies de manière complémentaire.

Origines du trouble : Comprendre les facteurs impliqués : génétiques, neurologiques et environnementaux.

La dysorthographie est un trouble neurodéveloppemental. De ce fait, elle est induite par un développement atypique du cerveau avant même la naissance et dans les premiers moments de la vie.

Pendant la grossesse, des facteurs génétiques et environnementaux vont influencer le développement du cerveau et induire des anomalies.
Ces facteurs sont multiples et contribuent tous à augmenter la probabilité de développer un trouble ; ainsi, il n’existe pas 1 facteur ou 1 gène qui provoquerait à tous les coups une dysorthographie.

Reconnaître les symptômes : Identifier les signes les plus courants à travers les différents profils.

La Dysorthographie se manifeste au cours de l’apprentissage de l’écriture à l'école. La Dysorthographie n’est pas obligatoirement repérée dès le début de l’apprentissage de l’écriture du fait que cet apprentissage se fait par étapes. Ainsi, les impacts de la Dysorthographie peuvent être visibles plus ou moins tardivement.

Il est intéressant de noter que les plaintes des enfants et des adultes dysorthographiques sont très différentes.
Bien souvent, les enfants vont présenter des difficultés à écrire mais le plus souvent, ce sont les enseignants et la famille qui vont repérer les symptômes chez l’enfant.

Les adultes, eux, vont éviter ou repousser les tâches nécessitant l’écriture du fait d’erreurs que celles-ci peuvent engendrer. La vérification des règles d’orthographe, de syntaxe et de grammaire est si énergivore que cela induit de la lenteur et de la fatigue.

Les personnes dysorthographiques sont également plus susceptibles d’avoir une faible estime d’elles mêmes, de manifester des symptômes anxieux ou dépressifs, ainsi qu’une importante insécurité dans leurs vies scolaire, universitaire et professionnelle.

Les erreurs orthographiques causées par la dysorthographie peuvent se manifester de diverses manières :

  • Méconnaissance lexicale,
  • Erreurs de transcriptions phonologique (“ille fai cho” pour “il fait chaud”),
  • Confusion dans la conversion phonologique (“carçon” pour “garçon”),
  • Confusion entre les mots qui se prononcent de la même manière mais qui s’écrivent différemment (ex.“mère”, “mer” et “maire”),
  • Erreurs qui proviennent d’un bon raisonnement logique appliqué sans prendre en compte les exceptions (retard prends un “d” du fait de la dérivations retarder, pour autant, cauchemars ne prends pas de “d” malgré l'existence du terme “cauchemarder”),
  • Oublie ou confusion entre les accents grave, aigu, circonflexe, le tréma,
  • Oublie de la cédille.

La dysorthographie peut également induire des erreurs syntaxiques visibles lors de l’écriture et parfois lors du langage oral :

  • Omission ou inversion de la ponctuation (virgule, point, etc.),
  • Inversion dans l’ordre des mots,
  • Confusion dans l’accord des éléments (ex. les chien aboie),
  • Confusion dans l’emploi des prépositions et des conjonctions (ex. "Je vais de Paris" au lieu de "Je vais à Paris."),
  • Difficultés à construire un texte à la structure globale cohérente,
  • Confusion entre les temps de conjugaison, voire difficultés à comprendre les subtilités entre les temps de conjugaison (ex. "Il est important que tu viens").

La dysorthographie peut également induire des erreurs grammaticale visibles lors de l’écriture et parfois lors du langage oral :

  • Erreurs dans l’attribution du genre ou du nombre (ex. “un belle voiture roulent”),
  • Confusion dans l’accord du participe passé (ex. “Elles se sont lavé les mains.”),
  • Erreurs dans l’usage des pronoms,
  • Erreurs dans l’usage de la négation (ex. “Personne ne veut pas venir”).
Comorbidités : Découvrir les troubles fréquemment associés et leurs interactions possibles.

La dysorthographie est souvent associée à d’autres troubles qui impactent également le langage écrit.

Cependant, il est important de noter que les pourcentages précis de ces comorbidités peuvent varier en fonction des études et des populations examinées. De ce fait, les chiffres que nous vous transmettons ne sont que des approximations.

La Dysorthographie peut être observée dans des situations de Multi-Dys. Elle se manifeste fréquemment avec :

  • Une Dyslexie, nous parlons alors de “Dyslexie-Dysorthographie”. Ces deux troubles partagent des difficultés liées au traitement du langage écrit.
  • Une Dyscalculie qui induit des difficultés à représenter les chiffres et les nombres, et à leur attribuer la bonne valeur.
  • Une Dysphasie, impactant à la fois l'expression et la compréhension verbale et écrite.
Parallèlement, nous observons que 25 à 40% des personnes présentant un TDAH manifestent également une dysorthographie.
Attention aux signes trompeurs : Distinguer les idées reçues, les confusions possibles et les manifestations moins visibles.

Une personne Dyslexique peut, elle aussi, présenter des difficultés à retranscrire un texte qui est lu. En cas de Dysorthographie (sans comorbidité avec la Dyslexie), la personne possède des capacités normales en lecture.

Des troubles auditifs ou visuels peuvent induire des difficultés d’écriture.

Les ruptures fréquentes dans la scolarisation ou les “retards d’apprentissage” ne correspondent pas à une dysorthographie. En effet, dans ces situations, bien que des aménagements puissent être nécessaires, les difficultés d’écriture ne sont pas stables dans le temps et peuvent complètement disparaître (ce qui n’est pas le cas avec la dysorthographie, qui nécessitera une vigilance accrue sur les tâches d’écriture tout au long de la vie).

Les difficultés attentionnelles globales peuvent causer des difficultés dans l’écriture, sans que la dysorthographie ne soit la meilleure explication. De fait, la fatigue, le TDAH, la dépression, l’anxiété, etc. réduisent les capacités attentionnelles de la personne, ce qui va impacter les compétences rédactionnelles. En cas de suspicion de Dysorthographie, il est donc important d'exclure toutes ces possibilités.

Cependant, même dans le cas ou des difficultés rédactionnelles proviennent d’un autre trouble, si elles persistent dans le temps et sont supérieures à ce qui peut être attendu, une comorbidité entre un autre trouble connu et la dysorthographie peut être envisagée.

Aide à la gestion du trouble : Trouver des pistes concrètes pour mieux s’organiser et vivre au quotidien.

Une posture bienveillante et un environnement calme

Quel que soit l’âge, la dysorthographie peut impacter l’ensemble des sphères de la vie.

Les symptômes se manifestent dans la sphère scolaire dans diverses matières (ex. les exercices et les évaluations sont majoritairement réalisés à l’écrit), dans la sphère professionnelle (ex. répondre à un mail, prendre des notes en réunion, etc.) et dans la sphère personnelle (ex. répondre à un SMS, faire une démarche administrative, etc.).

En étant confronté de manière répétée à ses difficultés, voire à des discours péjoratifs, la personne peut douter d’elle-même, être réticente à réaliser certaines tâches et les éviter.
Reconnaître la dysorthographie comme un trouble (et non un manque de motivation ou de compétences) permet de placer la personne dans une dynamique de progression dans laquelle elle peut être accompagnée sans être culpabilisée.
Ainsi, être bienveillant, en valorisant les efforts de la personne et en acceptant ses limites est primordial.
De la même manière, un environnement calme et sans distractions (sans bruit de fond, mouvement, etc.) est essentiel à la bonne mise en place de stratégies de compensation.

Enfin, il est important de rappeler que la personne dysorthographique compense d’elle-même ses difficultés par de multiples stratégies sans que l’environnement ne s’en aperçoive, parfois même sans qu’elle n’ait reçu un diagnostic. Cependant, ces stratégies induisent au fil de la journée une importante fatigue.
De fait, permettre à la personne dysorthographique de planifier ses activités de manière optimale et autoriser des pauses, favorise l’application des différentes stratégies.

Plusieurs méthodes de compensation et aménagements peuvent être envisagés pour diminuer les difficultés liées à la dysorthographie, vous trouverez, ci-dessous, une liste non exhaustive de ces stratégies.

Aménagements pour aider à la rédaction de texte

Utilisez des dictionnaires de synonymes (disponible gratuitement en ligne) afin d’éviter les répétitions et diversifier le vocabulaire.

Les logiciels de dictée vocale (qui écrivent ce qui est dit) réduisent l’impact des déficits causés par la Dysorthographie. Ces outils ne correspondent pas à une faveur de complaisance, ils réduisent significativement la fatigabilité permettant de produire des travaux écrits plus long et plus qualitatif. Ainsi, la personne Dysorthographique disposera de plus d'énergie qui pourra être investie dans les apprentissages et les relectures.

Un ordinateur portable facilite la production écrite en réduisant la charge attentionnelle liée aux gestes graphiques. Il permet également de corriger facilement et rapidement ses erreurs, et de réorganiser son texte si cela est nécessaire.

Un accompagnement humain (ex. AESH, AVS, ect.) permet d’accompagner tout au long de la tâche d’écriture et facilite les apprentissages.

Laisser à disposition des pense-bêtes sur les points difficiles ou en cours d’acquisition (ex. confusion de sons, accords du pluriel, etc.).

Relire son travail en trois temps :

  • la première relecture cible les mots les plus courants,
  • la deuxième relecture vérifie les accords masculins / féminins et singulier / pluriel,
  • la troisième relecture vérifie les accords sujet-verbe.

La relecture peut être accompagnée d’une synthèse vocale (voix artificielle qui lit un texte) afin de mettre en avant des erreurs de sens ou détectables phonologiquement.

Des cahiers adaptés peuvent être proposés afin de faciliter l’écriture.

Favoriser les apprentissages et adapter les évaluations

Préférez une voix claire et une bonne articulation, plutôt qu’une voix trop rapide ou trop lente.
Veillez aussi à ce que l’environnement n'induise pas des difficultés à comprendre votre discours ( environnement bruyant, résonance, etc.)

Si des exercices sont réalisés à l’écrit, n’hésitez pas à utiliser des stylos ou des feutres de couleurs que vous appréciez et/ou pailletés.

Variez les modalités de mémorisation en dessinant les mots, avec diverses de couleurs en fonction des sons que la personne confond, sur des supports différents, en chantant, en épelant à l’envers, en fermant les yeux.
Vous pouvez également favoriser une “imagerie mentale” concernant les difficultés fréquentes que ce soit au niveau orthographique ou grammatical.

Octroyez plus de temps à la personne pour lui permettre de mettre en place ses stratégies de compensation pour les exercices et pour la relecture.

En tant que parent, enseignant ou formateur, essayez de vous attarder davantage sur le fond plutôt que sur la forme lorsqu’un apprenant rend un travail écrit.
Vous pouvez également varier les méthodes d’évaluations pour une même compétence. Par exemple, vous pouvez constater de la connaissance d’un élève au travers d’un travail oral, un QCM, une fiche de lecture à remplir, un travail sur table…

Soulignez les progrès accomplis, même les plus minimes ! L’écriture est omniprésente dans l’environnement et les difficultés liées à la Dysorthographie peuvent grandement fragiliser l’estime et la confiance de soi de la personne concernée.
Aussi, privilégiez le mot “erreur” et limitez l’usage du terme “faute”. Une erreur peut être corrigée, alors qu’une “faute” renvoie à un manquement moral et installe un sentiment de honte “c’est de ta faute”.

Mettez en place un environnement calme et bienveillant lors d'activités en lien avec l’écriture.

Enfin, dans un contexte scolaire ou de formation, nous recommandons aux personnes dysorthographiques de consulter leurs copies, de préférences avec leur enseignant/formateur afin de mieux comprendre les erreurs qui ne relèvent pas de la dysorthographie. Ce temps peut également permettre de fournir des commentaires positifs et constructifs afin de ne pas décourager l’apprenant.